CUL(tor)TURE

Ce texte a initialement été écrit début 2017, les réactions et gens mentionnés ici ne sont pour la plupart plus présent dans ma vie… Et depuis bah… je vais mieux ! C’est fou non ?

 

 

J’ai toujours eu l’impression d’être stupide. D’être moins intelligente que la moyenne. Parce que selon mes parents je devais tout savoir, sans jamais me tromper.

On faisait beaucoup de jeu de société de type question, genre Trivial Pursuit. Mon frère en équipe avec ma mère contre moi, seule, ou en équipe avec mon père. Je me souviens d’une partie en particulier. Je devais avoir 8 ou 9 ans, et j’ai eu l’audace de bafouiller et de mal prononcer le mot « Requiem ». Mon père dans sa mauvaise foi légendaire a prétendu ne pas avoir compris la question et m’a arraché la carte des mains.

« Ah ! Requiem ! Tu prononces n’importe comment aussi. Tu n’as jamais entendu ce mot ou quoi ?! »

« Si… Je crois, mais je ne savais pas que ça s’écrivait comme ça. Et je ne sais pas ce que ça veut dire »

« Mais c’est pas vrai putain ! Ils vous apprennent quoi à l’école? Bande d’incapables ! Ça ne sert à rien qu’on t’achète tous ces livres si tu n’apprends pas des mots aussi évidents. »

J’ai baissé la tête, et malgré tout, on a rapidement gagné la partie. Je suis vite remontée dans ma chambre pour chercher la définition dans le dictionnaire.

Requiem (nom masculin, invariable _ du latin requiem, accusatif de requies repos)

  • Prière de l’Eglise catholique pour les morts ; messe pour un défunt.
  • Musique composée sur ce texte.

Alors oui 14 ans après quand on me surprend à ignorer quelque chose qui semble évident, je suis honteuse. Je n’y peux rien. Je lis beaucoup et sur plein de sujets différents. Mais je ne peux pas tout savoir, c’est impossible.

J’ai des goûts qui peuvent paraître élitiste mais en réalité, c’est seulement une forme de « rejet » de la culture dite mainstream. Je dois connaître des choses obscures pour moi aussi pouvoir apprendre des choses aux gens, ne pas me contenter de ce que tout le monde connaît, ça ne suffit pas. Je dois sans cesse découvrir de nouveaux horizons.

J’aime m’entourer de gens stimulants intellectuellement. Qui m’apprennent et me font découvrir des choses. Avec qui je peux avoir des discutions enrichissantes. Je suis avide de recommandation afin de parfaire cette culture qui ne sera jamais assez aboutie.

Et parfois ces recommandations me confrontent à ce que je n’aime pas, des œuvres qui ne me parlent pas. Car de la même manière qu’on ne peut pas tout connaître, on ne peut pas tout aimer. Mais si tout le monde me conseille ce film c’est que vraiment il doit être bien. J’ai intérêt à moi aussi l’aimer, sinon ce sera preuve de mauvais goût.

C’est très difficile pour moi de ne pas apprécier quelque chose que l’on m’a conseillé car j’ai l’impression de trahir la personne qui m’en a parlé. Comme une rupture de nos goûts communs. Si je n’aime pas c’est probablement parce que je n’ai pas compris ce qui leur plaît tant. Et donc je suis inférieur, idiote, inutile.

Je tente de rationaliser en me disant qu’au moins j’ai fait l’effort de regarder, comme lorsqu’on est enfant et qu’on nous dit qu’avant de décrété que l’on n’aime pas un aliment il faut le goûter. Et que tout le monde n’aura pas cette envie de tester ; quand je présente une œuvre à quelqu’un il n’est pas rare que je me confronte à des préjugés.

« Ça à l’air bizarre ton truc »

« Oh ! Encore un film indépendant »

« Waow c’est spé ! Tu as vraiment des goûts de merde »

Peut-être oui ! Mais ce sont mes goûts, je les ais forgés dans le temps, ils me représentent. Et si vous ne les aimez pas, tant pis pour vous, pour moi, pour l’œuvre que sais-je. J’enfonce encore une porte ouverte ici mais on ne peut pas plaire à tout le monde.

Lorsque quelque chose ne me plaît pas, j’essaie au maximum d’analyser ce qui ne m’a pas plu, savoir pourquoi je n’ai pas été touché par le film, la série, le livre… car c’est important pour moi de comprendre les choses, je suis capable d’expliquer pourquoi j’ai aimé ou pas quelque chose. Je veux tout comprendre, c’est sans doute un défaut, mais j’en ai plein d’autre. Et jamais ne me forcerai pas à aimer, pour faire plaisir, si je n’aime pas, je n’aime pas. Cela ne fais pas de moi quelqu’un de méprisant. Si j’arrive à comprendre ce qui peut vous plaire mais que pour autant je passe à côté, c’est mon problème, personne ne va mourir que je n’éprouve rien vis-à-vis de ces films adulés de tous. Chacun ses goûts et chacun devrait être respectés pour ce qu’il aime, ce qu’il est !

Je comprends que se sentir méprisé-e-s puisse être blessant, je le sais… mais se faire accuser de mépris, c’est une douleur autre, plus forte, plus aiguë, qui prend aux tripes. Car c’est le signe que je n’ai pas réussi à me faire comprendre, alors que justement c’est parce que j’essaye de comprendre.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s