C’était toi ou moi _ Partie 3

XV

J’ai été interrogé pendant plusieurs jours, je ne pouvais pas encore quitter l’hôpital j’avais besoin de trop de soins. Il fallait que je raconte encore et encore, ils voulaient tout savoir. Ça m’était insupportable de sans cesse devoir expliquer comment j’avais détruit nos vies. Surtout la tienne. Certains policiers parlaient de traitements inhumains, mais ils parlaient de toi, ils ne voulaient pas comprendre que c’était moi l’inhumain de l’histoire.

Ils posaient souvent la question de comment j’avais fait pour supporter tout ça, je crois qu’ils n’ont jamais été amoureux. J’avais fini par ne plus l’être et ça a tout gâché.

Des psychologues venaient aussi, mais je refusais de leur parler. Je ne voulais ni traitement ni pitié, il fallait que je sois puni c’est tout. Je n’étais pas une victime.

Hugo avait pris des congés pour passer du temps avec moi, il restait parfois dormir et l’infirmier faisait comme s’il ne le voyait pas mais déposait quand même une couverture pour qu’il n’ait pas froid, avachi sur le fauteuil près de mon lit. Sa présence m’aidait un peu, je me sentais en sécurité quand il était là même s’il ne pouvait pas rester pendant les interrogatoires et que lui aussi devait être entendu par la police. Je m’en voulais de le mêler à ça, surtout que c’est lui qui avait vu ton corps en premier. Je ne me souviens plus très bien de ce qui s’est passé après que je l’ai appelé. Le médecin m’a expliqué qu’avec les coups que j’avais reçus à la tête c’était tout à fait normal mais que je ne souffrirai pas d’autres problèmes de mémoire.

Pourtant j’aurais donné cher pour oublier tout ça, faire comme si rien ne c’était passé. La nuit il m’arrivait de penser au discours des policiers, des psys, et je me disais qu’ils avaient peut-être raison. Que j’avais été une victime et que j’avais fini par ne plus le supporter, mais rapidement la réalité revenait à moi et je m’en voulais à nouveau. C’est toi la victime.

J’ai quand même fini par demander quelque chose au médecin, quelque chose dont j’avais presque oublié l’existence, je n’en avais même pas parlé aux enquêteurs. Je voulais qu’il retire, si possible, la puce GPS de mon bras. Elle ne servait plus à rien maintenant. Il m’a regardé bizarrement, entre étonnement et pitié, j’ai bien vu qu’il ne me croyait pas au juron qu’il a lâché quand il l’a extraite de mon bras. Il a chargé une infirmière de mon pansement et est allé voir le commissaire chargé de l’enquête qui arrivait.

Même si je ne la sentais pas lorsqu’elle était présente, j’avais comme un sentiment de liberté maintenant qu’elle n’était plus là, je ne saurais pas dire pourquoi. J’en ai parlé avec Hugo histoire d’y voir un peu plus clair. Il était furieux que je ne lui en ai pas parlé avant, mais surtout furieux après toi ; il ne le dira pas mais je crois qu’au fond il est content que je sois libéré de toi. Et des fois moi aussi.

On m’a expliqué que je devais prendre un avocat. Mais je n’avais pas d’argent et je doute que quelqu’un veuille défendre un cas comme le mien. Ce serait donc un avocat commis d’office, comme souvent dans les films. Je n’avais pas vraiment envie d’être défendu car mon geste n’avait pas à l’être mais je me suis laissé faire.

J’ai rencontré Maître Aubine quelques jours plus tard, il était très grand et très maigre, c’était un peu effrayant. Mais il était très gentil avec moi, comme tout le monde ici, ça faisait bizarre.

D’habitude on n’est pas gentil avec les assassins.

Il m’a longuement expliqué que mon sentiment de culpabilité était tout à fait normal, tu m’avais en quelque sorte dressé pour ça. Mais je devais comprendre que tu avais eu avec moi un comportement intolérable qu’aucun être humain ne devrait subir. Il m’a expliqué point par point en quoi j’étais victime, et pourquoi tu avais tout fait pour que j’en arrive là. Tu aurais très bien pu me tuer dans mon sommeil, mais si tu ne l’as pas fait c’est que tu voulais une confrontation. Je n’étais pas totalement convaincu par son argumentaire mais ça me faisait réfléchir. Il était assez confiant pour le procès, j’avais un bon dossier, comme il disait.

Je ne savais vraiment pas quoi penser, j’avais du mal à concevoir que tu aies agi comme ça uniquement par vice, par méchanceté. Mais le psychologue disait la même chose. J’étais complètement perdu. Plus mon état s’améliorait plus la date de mon transfert en prison avant le procès se rapprochait. J’étais anxieux à cette idée, je n’avais aucune idée de comment ça allait se passer. Je me ferai le plus discret possible pour ne pas me faire remarquer. Je n’avais plus envie de me battre. Je ne pouvais plus.

Ce que je craignais est arrivé dix jours plus tard, le médecin m’a annoncé que mon état n’était plus préoccupant, je m’étais bien remis physiquement mais il a proposé de ne pas immédiatement le dire aux policiers si mentalement je ne me sentais pas prêt. Je l’ai remercié et effectivement j’ai voulu rester quelques jours de plus, afin d’être véritablement prêt. J’ai très vite culpabilisé, de mentir aux policiers et d’avoir encore peur. Je ne voulais plus avoir peur. Quatre jours plus tard, j’arrivais à la prison.

XVI

Pendant les discussions avec mon avocat, il m’a demandé de raconter mon enfance. Il voulait comprendre comment j’en étais arrivé là et il pensait qu’il y avait un lien, ce qui n’est peut-être pas tout à fait faux. Alors j’ai raconté, depuis aussi loin que je me souvenais.

J’ai parlé de Maryline, de son départ. De son sourire qu’elle ne montrait que lorsqu’elle était sûre que moi seul pourrait le voir, même dehors. Je ne sais pas qui lui avait appris, mais ça lui allait bien. C’est elle qui m’a appris à pleurer en silence pour ne pas LA déranger. Mais le jour où elle est partie je n’ai pas su rester silencieux.

Même si je n’avais pas le droit d’y aller, notre, enfin SA, maison semblait grande et jolie. Maryline avait la chance d’y aller des fois quand ELLE avait besoin d’aide. Moi je ne pouvais aller que dans la cave, peut-être une fois ou deux à la salle de bain mais c’est très flou, j’ai peut-être inventé. On avait réussi à s’aménager des petits coins confortables pour dormir, en volant des affaires à l’école, des pulls ou des écharpes qui traînaient. Ce n’était pas grand-chose mais ça faisait déjà des petits matelas pour nous isoler du sol en béton, surtout l’hiver.

Je crois qu’au début on avait la télévision mais ça n’a pas duré. C’était pour les gens bien disait ELLE, pas pour les idiots comme nous qui ne ferions jamais rien de bien de nos vies. ELLE avait eu raison sur ce point.

Je n’ai jamais compris pourquoi ELLE avait voulu faire des enfants, ou même pourquoi ELLE nous avait gardés. Vu que nous n’étions que des fardeaux inutiles, il aurait été préférable de nous abandonner. Je me souviens d’une fois où j’ai demandé à Maryline où était notre père. On avait eu une leçon sur la famille et la maîtresse avait expliqué que généralement il y a deux parents, un père et une mère. J’avais levé la main en disant que moi je n’en avais qu’un. Camille avait proposé de me prêter un de ses papas vu qu’il en avait deux. Maryline a baissé les yeux, elle ne savait pas. SA version c’était qu’il avait préféré partir plutôt que de nous élever vu qu’on ne servait déjà à rien, et que je n’avais plus intérêt à en parler ELLE avait bien d’autres soucis comme ça pour ne pas perdre de temps à répondre à mes bêtises.

ELLE ne nous frappait pas souvent mais quand ça lui prenait ELLE ne faisait pas semblant. ELLE attendait souvent les périodes où il n’y avait pas école, pour que ça ne se voit pas trop, on ne risquerait pas de nous poser des questions.

La nourriture c’était comme le reste, on en avait pas beaucoup mais ça allait, on n’avait pas faim. On se débrouillait pour piquer des trucs à la cantine. J’avais un deal avec ceux de la classe, ils me donnaient des gâteaux si je faisais leurs devoirs de maths. On partageait ça le soir comme un trésor. ELLE ne s’en est jamais aperçu je ne sais pas comment ça se serait passé dans le cas inverse. Mais ELLE ne pouvait pas nous priver de grand-chose de toute manière. Nous n’avions ni chauffage ni eau chaude, on se lavait dans une bassine dont l’eau était changée une fois par semaine et nous faisions nos besoins dans un seau qui lui était vidé quotidiennement.

À l’école c’était un peu compliqué, il fallait évidemment avoir les meilleures notes et être irréprochables pour rester le plus discret possible, mais la cohabitation avec les autres enfants était quelquefois difficile. Ma position de premier de la classe ne me valait pas trop d’ennui, je restais modeste sur mes succès et j’étais toujours prêt à aider un camarade qui avait des lacunes. C’était un peu ma seule manière de socialiser et de communiquer avec d’autres gens que ma sœur. Mais nous avions quand même une réputation d’enfants bizarres.

On avait développé une méfiance envers les gens de peur que tous aient le même comportement ; et comme nous ne pouvions de toute façon pas aller voir chez d’autres ce qui se passait, d’ailleurs mes camarades trouvaient étrange que je refuse systématiquement d’aller chez eux pour jouer ou pour les goûter d’anniversaire. Les autres parents aussi s’interrogeaient et certains ont souvent proposé de LUI parler pour LA faire changer d’avis.

Ce qui ne serait jamais arrivé, et c’est sans doute mieux ainsi, si je fantasmais la vie de ces enfants qui avaient l’air paisibles et confortables je n’avais pas envie de m’y confronter pour autant. Ça aurait été trop dur, je voyais déjà leurs jouets et leurs belles affaires dans la cour de récréation. Je préférais me satisfaire de ce que j’avais, c’est-à-dire presque rien, plutôt que ressasser sur ce que j’aurais pu avoir.

Maryline aussi me parlait de temps à autres des amis qu’elle avait et de leurs affaires. Elle disait qu’un jour elle partirait et qu’elle aurait toutes les affaires qu’elle avait toujours voulues et qu’ensuite elle reviendrait me chercher, qu’on aurait une grande maison tous les deux. On pourrait être heureux.

Mais depuis le jour où elle partit, elle n’est jamais revenue me chercher.

XVII 

Après sa disparition, je savais que plus rien ne serait pareil. Je ne sais plus si c’était avant ou après mon anniversaire, je n’ai jamais retenu la date. On ne l’a jamais fêté. Mais ce 19 février là je ne suis pas près de l’oublier. Maryline avait dit qu’elle me ramènerait un cadeau en sortant du lycée. Elle finissait les cours une heure après moi et m’avait demandé de rentrer sans l’attendre. On aurait dit qu’elle était stressée, comme depuis plusieurs jours en fait. Je lui ai demandé si elle allait bien. Elle a souri et m’a fait un bisou sur la joue en me disant que tout irait bien, elle était juste un peu fatiguée.

Ma grande sœur chérie qui allait me faire un cadeau ! Un de plus, elle prenait de plus en plus de risques pour nous ramener à manger, du chocolat, des gâteaux… elle faisait en sorte de prendre les coups à ma place aussi. Elle avait beaucoup grandi en peu de temps et faisait maintenant SA taille, ça lui permettait de mieux encaisser les coups, de les rendre aussi un peu parfois.

Je n’avais jamais été aussi impatient de toute ma vie, je me suis dépêché de rentrer pour faire un brin de toilette, je me devais d’être présentable pour cette occasion. J’ai attendu, une heure, puis deux… rien. Pas de retour de Maryline en vue, je commençais à être véritablement inquiet, j’avais un mauvais pressentiment.

Quand ELLE m’a descendu mon repas je lui ai demandé si Maryline était en haut. Je n’y croyais pas trop mais c’était la seule possibilité à laquelle je m’accrochais. ELLE a rigolé en disant que cela ne me concernait plus, le « problème était réglé », avant de partir sans un regard alors que je commençais à pleurer.

Qu’est-ce qu’ELLE lui avait fait ?! Que lui était-il arrivé ?!

Encore maintenant j’espère connaître un jour la vérité, je veux savoir ce qui lui est arrivé. Pourquoi je n’ai plus jamais ai signe de vie de sa part.

À partir de ce moment-là j’ai n’avais plus qu’une envie. Partir. Fuir. C’était devenu une obsession. Mais je n’avais pas d’argent et personne à qui demander de l’aide, j’étais perdu. Il fallait que je réfléchisse et que je mettre au point un plan pour m’organiser. Je devais gagner de l’argent sur le temps où j’étais au collège, là où il y avait le moins de risque de me faire surprendre. Je faisais les devoirs de quelques élèves de troisième pour un peu de monnaie mais ça ne rapportait pas assez. Il y avait aussi des rumeurs sur une professeure de biologie qui aurait fait des avances à certains élèves. Si c’était vrai, je devais tenter ma chance, je sentais que je ne tiendrai plus le coup très longtemps. J’ai été la voir, les rumeurs étaient vraies.

Pendant plusieurs mois je la voyais, une fois par semaine dans une salle du deuxième étage, elle avait accepté de me donner 50 euros, et elle me faisait ce qu’elle voulait. Souvent de simples masturbations ou fellations, je n’avais pas vraiment conscience de ce qui se passait dans ces moments-là, je me concentrais sur autre chose, et je laissais mon esprit divaguer, loin de mon corps. Je devais rester concentré sur mon objectif, je prenais l’argent et c’était tout, je ne devais pas penser à ce qui m’arrivait dans la salle 204.

J’ai fait ça jusqu’à la fin de l’année scolaire, j’avais amassé pas mal d’argent. Je ne savais pas quand je pourrais reprendre les cours, ni même si je pourrais un jour les reprendre alors j’avais au moins attendu les vacances pour partir. Je n’étais plus à quelques semaines près.

J’ai pris le RER directement après les cours, mes deux sacs d’affaires avec moi, direction Paris. Je savais que ce serait plus simple dans une grande ville que dans cette banlieue grise et froide. Et surtout je n’avais quasiment aucune « chance » de tomber sur ELLE, ELLE ne viendrait pas me chercher là.

Le temps était clément, je pouvais dormir dehors en attendant l’hiver ou une solution viable. Je gardais mon argent pour la nourriture et les premières nécessités. La première fois que j’ai pris une vraie douche, chaude, j’ai pleuré sans plus pouvoir m’arrêter tant cette découverte était intense.

J’occupais mes journées en marchant, beaucoup, je n’avais jamais été à Paris il y avait tant de choses à découvrir. Je regardais un peu les annonces d’emploi, mais mineur, sans adresse ni papiers d’identité je savais que c’était mission impossible. Je parlais peu, pas du tout quand je n’y étais pas obligé. Je cherchais Maryline un peu, j’espérais toujours la croiser au détour d’une rue, quand je ne m’y serais pas attendu, mais ça ne s’est jamais produit.

Avec de la patience et au fil des rencontres j’ai réussi à trouver des petits jobs, au black, mais jamais plus de deux ou trois jours de suite. J’avais au moins l’impression de servir à quelque chose, d’être utile. Je passais de temps en temps dans des centres d’aide dont j’avais repéré les adresses au CDI, mais je ne restais jamais longtemps. J’avais assisté et participé malgré moi à quelques bagarres et je n’avais pas envie que ça devienne mon quotidien.

Les gens qui ne voulaient pas travailler me refilaient les tuyaux dont ils avaient entendus parler. Je faisais tout ce qu’on me proposer, j’ai même de nouveau accepté d’avoir des relations sexuelles pour de l’argent, mais deux ou trois fois seulement. Je n’étais pas à l’aise avec cette idée je voulais m’en sortir autrement. Mon butin fondait plus rapidement que prévu et avec l’hiver approchant je ne pourrais pas éternellement dormir dehors, même si treize ans dans une cave sans chauffage avaient constitué un bon entraînement.

Ça a été moins dur que je ne me l’étais figuré, j’avais acheté un duvet, et avec quelques couches de vêtements c’était facilement supportable. Plus supportable que de retourner à la maison en tout cas.

L’été s’est terminé, j’ai continué mon chemin avec des hauts et des bas. Je parvenais toujours à trouver des solutions avant que ma situation ne devienne véritablement critique. Je n’étais pas heureux, mais au moins je n’étais plus malheureux.

XVIII

Le juge avait demandé un procès à huis clos au vu de l’affaire. Il ne voulait pas que les journalistes me harcèlent de questions, et je n’avais de toute manière pas envie d’y répondre. Je désirais simplement être puni. Je devais payer pour la faute commise. Il fallait que ça se finisse au plus vite, je ne voulais pas me défendre. Je ne le méritais pas.

Hugo était à l’extérieur de la salle d’audience quand je suis arrivé. Il avait été convoqué comme témoin pour les prochains jours. Il est passé outre les consignes et les protestations des policiers qui m’accompagnaient pour me serrer contre lui, comme un encouragement. J’espérais que cela ne lui apporterait pas d’ennui.

La salle était immense, c’était aussi beau que vertigineux. Je ne savais pas où regarder, les murs, mon avocat, le juge, les jurés. Tous semblaient fatigués et tristes, je m’en voulais de leur faire perdre leur temps avec cette histoire. Ils avaient une meilleure vie en dehors de ce tribunal, le temps est une denrée précieuse que je leur gâchais. Ça aurait été tellement plus simple si j’avais réussi à sauter de ce foutu pont. Ou si je t’avais laissé faire.

Le juge et les avocats parlaient mais je ne les écoutais pas, ce brouhaha ne m’intéressait pas, ça faisait trop mal. Je ne pensais qu’à toi, à ta voix, ton sourire, ton regard… tout ce que j’avais gâché. Mon avocat a dû me secouer le bras à deux reprises pour que je revienne au moment présent, c’était à mon tour de parler. De raconter encore et encore, inlassablement ce qui s’était passé depuis que tu m’avais accueilli chez toi. Les mots d’amour, les petites attentions, ton affection… et tout le reste. Les coups, les insultes, la prostitution.

Ils ont décidé de diffuser une vidéo, tu avais gardé tous les enregistrements, ça avait facilité le travail de la police. Ça m’était insupportable de le revoir, ça hantait déjà toutes mes nuits, je n’en avais pas besoin la journée. J’ai gardé les yeux fermés pendant toute la durée du film. Je pleurais en silence en écoutant ta voix. J’essayais de me concentrer dessus pour ne pas entendre le bruit des coups.

Mes sanglots ont fini par se caler à ceux de la vidéo, comme mes excuses. Ils ont passé plusieurs extraits, j’ai cru que ça ne finirait jamais. Je n’ai rouvert les yeux et desserré les poings qu’à la fin de la dernière séquence. Certains membres du jury pleuraient en silence, le juge a suspendu l’audience pendant trente minutes le temps que les gens reprennent leurs esprits.

Il n’y a pas eu beaucoup de témoins à interroger. Hugo, ton amant, Tiffanie, la première personne à qui tu m’avais vendu. Jusque-là j’ignorais son nom, mais je préférais que ce soit ainsi. Elle fuyait mon regard, mais elle ne semblait pas fâchée contre moi. Elle ne savait pas les conditions dans lesquelles je vivais mais elle aurait dû se douter de quelque chose. Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle avait accepté de faire ça, tu avais beaucoup insisté sur le fait que c’est moi qui le demandais pour me sortir d’une mauvaise situation financière.

Tu les as tous manipulé aussi, mais ils seraient tous condamnés ultérieurement, les vidéos avaient permis de tous les identifier. Dans ce cas c’étaient eux les bourreaux, moi je n’étais que la victime, je n’avais rien fait de mal. Mais pour le reste non, j’avais commis un crime il me fallait en assumer les conséquences. Je ne voulais pas vivre en étant libre, ça n’avait aucun sens.

Le médecin qui avait fait mon expertise psychologique est venu témoigner aussi. Il allait dire la même chose que les autres, je ne voulais pas l’écouter. Ils me considéraient comme la victime, ayant agi en légitime défense. Pourquoi s’obstinaient-ils à ne pas écouter ma version. Détresse Dépendance affective, esclavagisme, torture psychologique… Tous ces mots s’enchaînaient mais ne faisaient pas sens dans mon esprit. Je ne voulais pas qu’on me trouve des excuses.

Le procès s’est étalé sur presque deux mois, j’étais épuisé physiquement et moralement. Je passais beaucoup de temps à pleurer, plus le moment du verdict approchait pire c’était. Je voulais tout simplement disparaître. Coupable d’homicide volontaire dans un contexte de légitime défense avec circonstances atténuantes. Seulement quatre ans de prison avec obligations de soins psychologiques.

Je me suis effondré, à la fois de culpabilité et de soulagement. Je ne savais pas si je pourrais supporter la prison, j’étais mort de peur. J’ai levé la main en attendant que le juge me donne la parole, je n’avais qu’une seule question. Me serait-il possible de faire des études en prison. C’était un peu choquant comme question si j’en crois les réactions des jurés mais je voulais savoir, c’était la seule chose qui pouvait me donner envie de rester vivant. Il ne s’y est pas opposé mais les conditions seraient fixées plus tard, par le directeur de la prison.

Je l’ai remercié, j’ai remercié mon avocat, je me suis tourné vers le jury, et je me suis évanoui. J’avais tellement lutté contre mes émotions que ça m’avait pris toutes mes forces. Je suis rapidement revenu à moi, prêt à être transféré dans ma nouvelle maison.

En sortant du tribunal j’ai tout de suite remarqué une femme, qui semblait m’attendre. Elle était resplendissante malgré les larmes qui mouillaient ces joues. Ces yeux bleus, ces longs cheveux noirs, la cicatrice sur la joue qu’ELLE lui avait faite en la giflant avec sa bague…

C’était Maryline.

XIX 

C’était elle j’en étais sûr. Mais comment ? Pourquoi aujourd’hui ? Ça n’avait aucun sens, surtout maintenant après tout ce temps. Elle devait être si déçue de moi, elle avait eu raison de m’abandonner je ne méritais pas qu’elle reste auprès de moi. Mais c’est son visage qui remplaçait le tien dans ma tête, j’aimais autant, c’était plus facile. Mais je voulais comprendre. Ça a rapidement été chose faite.

 « Mon cher Matthias,

J’espère que les premiers jours n’ont pas été trop durs. Je viendrai te voir dès que possible mais je me dois de t’expliquer quelque chose avant ça.

C’est bien ta sœur qui était à la sortie du procès. J’aurais voulu qu’elle soit là avant, mais elle était à l’étranger et n’a pas eu mon message à temps.

Après que tu m’aies parlé d’elle et de sa disparition, je me suis dit que je devais faire quelque chose. J’aurais tout donné pour revoir ma fille, et si elle était encore en vie tu méritais de revoir ta sœur. J’ai rassemblé les informations que j’avais à ma disposition et j’ai mené ma petite enquête, cela n’a pas été facile. Mais j’ai des connaissances utiles dirons-nous et nous avons fini par la localiser. Elle était restée près de Paris, tout ce temps, à seulement quelques kilomètres de toi. Bien sûr au début elle ne m’a pas cru, elle pensait que tu étais décédé. Je lui ai montré nos mails pour la convaincre. J’ai rarement vu quelqu’un pleurer autant. Je lui ai expliqué ta situation. Elle était dévastée.

Si tu savais comme je m’en veux de ne pas avoir agi avant qu’il ne soit trop tard, j’espère que tu sauras me pardonner.

Dès que les visites seront possibles elle viendra te voir, si tu es d’accord évidemment, et elle te racontera tout.

Prend soin de toi, je t’embrasse

Hugo »

 J’ai relu la lettre encore et encore sans pouvoir m’arrêter de pleurer. Maryline était en vie et elle ne m’avait pas oublié, elle voulait même me revoir. J’ai repris mon calme et j’ai répondu à Hugo. Évidemment que j’étais d’accord pour la revoir, je n’attendais que ça depuis si longtemps. J’allais enfin comprendre ce qui c’était passé ; toutes ces nuits à imaginer qu’elle reviendrait, qu’elle allait bien. Je me suis endormi en serrant la lettre contre moi.

**

Je n’avais jamais été aussi stressé que ce jour-là. À 14 heures, après cinq ans j’allais enfin la revoir. Mon compagnon de cellule riait, il ne pensait pas me voir si euphorique un jour. Il m’a aidé à me raser et à me coiffer correctement pour que je sois le plus beau possible.

Elle était déjà installée lorsque je suis arrivé au parloir. Je ne sais pas lequel de nous deux à pleurer en premier. Elle était toujours aussi belle, quoique non, elle était encore plus belle maintenant qu’elle n’avait plus cet air triste, elle ne lui ressemblait en rien. Je lui ai demandé de tout me raconter, j’étais à la fois heureux, excité et inquiet.

Quelque temps avant de partir elle s’était confiée à une de ses professeurs, elle ne supportait plus la situation. Ensemble elles avaient alerté les services sociaux et monté un dossier pour que l’on soit placé ensemble dans une famille d’accueil. Tout était prêt il ne restait plus qu’à organiser notre fuite et on aurait eu une nouvelle vie. Mais ELLE c’était douté de quelque chose, ELLE avait des amis aux services de l’enfance, ça expliquait que personne n’a jamais rien fait avant. Nous étions ses propriétés et le seul moyen que nous quittions cet endroit se serait mort.

Maryline ne se souvenait plus trop de la suite, elle s’est réveillée à l’hôpital quinze jours après à l’hôpital. Des éboueurs l’avaient trouvés dans la rue, près d’une benne, elle avait violemment été passée à tabac, par plusieurs personnes à en croire les relevés d’ADN. Sa professeure avait continué de veiller sur elle mais il n’avait pas que des bonnes nouvelles à lui annoncer. En allant porter plainte, elle avait été reçue par le commissaire qui ne comprenait pas pourquoi elle tenait tant à s’occuper de déchets qui ne lui appartenaient pas. Il soutenait que les parents étaient propriétaires de leurs enfants, avec un droit de vie ou de mort sur eux. ELLE n’avait pas que des amis aux services de l’enfance visiblement.

Elle aurait dû venir me chercher pour me placer en lieu sûr mais elle s’est tuée dans un accident de voiture en sortant de l’hôpital. Les médecins n’ont rien voulu savoir de ce que disait Maryline, elle était en état de choc et très fragile ils ont préféré l’interner pour qu’elle ne se mette pas en danger.

Lorsqu’elle est sortie plusieurs mois plus tard elle est venue me chercher mais j’étais déjà parti, elle a cru être arrivée trop tard. Pendant toutes ces années Maryline s’est imaginée que j’étais mort par sa faute. Je l’ai rendue si malheureuse je m’en veux tellement. Elle s’est installée sur Paris, il y avait plus de visages, plus de bruit, c’était plus simple pour oublier mon fantôme et la culpabilité qui la suivait partout. Même si elle avait souvent cru m’apercevoir elle refusait de l’admettre, faire mon deuil avait été trop difficile, elle pensait simplement que son cerveau lui jouait des tours.

Quand Hugo est venu la trouver elle a cru à une mauvaise blague, personne n’avait le droit de jouer avec sa culpabilité. Mais il lui a montré les preuves et elle a compris qu’elle s’était trompée tout ce temps. J’étais en vie.

Et nous étions enfin réunis.

XX

La vie en prison est un peu semblable à ce que j’avais imaginé. Un peu comme dans la rue c’est chacun pour soi, la solidarité est aléatoire mais primordiale. Au début j’ai eu un peu de mal à faire confiance à mon voisin de cellule, Jonathan. Nous avons eu la chance de n’être que deux dans la cellule, les autres détenus étaient souvent trois voire quatre. Il est un peu plus vieux que moi et est arrivé quelques mois auparavant. Mais pour quelque chose de pas grave, enfin bien moins que moi, il faisait du trafic de drogue. Comme il dit « j’ai joué, j’ai perdu, j’assume ».

C’est lui qui m’avait expliqué comment ça marchait ici, à qui il fallait éviter de parler, qui il ne fallait surtout pas mettre en colère. Il m’a laissé pleurer sans rien demander les premiers jours, puis il m’a écouté raconter, sans me juger.

Lui n’avait pas eu de chance, il s’était laissé embarquer dans des histoires qui le dépassaient mais il ne regrettait pas. En discutant il m’avait appris que son père était violent avec sa mère quand il était enfant, et qu’il espérait secrètement qu’un jour elle se défende ou s’enfuit, ce qu’elle a fini par faire quelques années après. Il était d’accord avec tout le monde pour dire que je n’étais pas que coupable dans cette histoire et que tu n’avais eu que ce que tu méritais. C’était si dur à entendre pour moi, j’étais un monstre et j’avais l’impression d’être le seul à m’en rendre compte.

Le psychologue que je devais voir trois fois par mois tentait de me faire comprendre ce qui c’était réellement passé mais ça m’embrouillait, je ne savais pas quoi penser. Oui il y avait beaucoup de situations qui, avec du recul, me paraissaient malsaines, anormales mais que j’avais accepté sans savoir pourquoi. J’espérais que j’y verrais un jour plus clair, mais je ne voulais pas t’oublier, je voulais juste comprendre. Pourquoi fallait-il que tout soit toujours si compliqué dès qu’on parle de relation ?

Un peu comme chez toi je n’avais pas vraiment la notion du temps, même si les journées se ressemblaient, ça faisait une sorte de routine, mais tant mieux, ça me donnait un sentiment de stabilité. Le personnel pénitentiaire semblait content de mon comportement. Je ne me suis jamais battu, j’étais toujours volontaire dès qu’il y avait quelque chose à faire. Ici plus qu’ailleurs je voulais me sentir utile.

Au bout de huit mois j’ai eu un entretien avec le directeur de la prison, il avait pris ma demande en considération et donnait son accord pour que je commence des études universitaires par correspondance. J’avais choisi de faire une licence de maths. Si j’y arrivais je voulais continuer avec un master en mathématiques fondamentales, c’était vraiment un domaine passionnant même si j’avais le temps de me passionner pour d’autres aspects ensuite. Tu aurais détesté, c’est très abstrait. Ça faisait partie de mon plan de réinsertion pour la suite même si ne voulais pas y penser trop tôt. Cela m’effrayait un peu de me dire que je devrais retrouver une vie normale d’ici quelques temps. Je devais avant tout me concentrer sur la réussite de mes études, Maryline et Hugo comptaient sur moi, je ne pouvais pas les décevoir encore une fois.

Même Jonathan avec qui je partageais ma dernière soirée me souhaitait de réussir. Son avocat lui avait obtenu une remise de peine pour bonne conduite, j’étais un peu triste de le voir partir je n’avais pas l’habitude d’avoir des amis et je ne savais pas encore qui le remplacerait dans la cellule.

Je réfléchissais beaucoup à tout ce qui m’était arrivé. Pour essayer que ce genre de chose n’arrive plus, nous avons, avec Maryline décider de créer une association pour aider les victimes de maltraitance domestiques, leur permettre de parler, de se confier et surtout de partir avant qu’il ne soit trop tard. Cela peut paraître utopique puisque je sais très bien que si j’avais eu accès à ce genre de structure je ne m’y serais pas intéressé puisque ce n’était pas mon cas.

Je n’avais pas conscience d’être dans une situation aussi préoccupante, mais on avait envie de se sentir utile. Et on va essayer d’étendre nos champs d’action aux enfants. Personne n’a plus à subir ce genre de choses. J’avais indirectement et involontairement fait la une des journaux pendant plusieurs semaines, alors autant que cela puisse servir à quelque chose. Je voulais que mon expérience puisse servir à d’autres. Certes il existe déjà des associations du même ordre, mais nous voulons quelque chose à nous, rien ne nous empêchera de collaborer avec elles par la suite mais on trouve important que cette part du combat nous appartienne.

Quand je sortirai de prison je ferais des interventions dans différents lieux, d’autres associations mais aussi des écoles. Quand on a commencé à en parler je ne m’en sentais pas du tout capable mais grâce au travail que j’ai fait vis-à-vis de moi, je m’en sens un peu plus capable aujourd’hui. C’est libérateur de se sentir capable de quelque chose.

XXI

Trois ans plus tard

Je l’ai fait ! J’ai réussi ! Les résultats des partiels viennent d’arriver, j’ai ma licence, avec 18 de moyenne et j’ai la confirmation que j’ai une place dans le master auquel j’ai postulé. Je suis tellement heureux. Tu aurais été fier de moi tu crois ? Même si maintenant, ton avis, je m’en moque un peu, j’ai dépassé ce cap maintenant. Il s’est passé tellement de choses en peu de temps.

En parallèle de mes études j’ai écrit un roman, sur toi, sur nous. Bien évidemment je n’ai pas pu tout décrire, c’était trop compliqué trop fort et il y a plein de moments dont je n’ai pas voulu me souvenir.

Hugo me demandait l’autre fois si je regrettais ce qui était arrivé. Je n’ai pas su répondre, c’est dur comme question. Oui je regrette d’en être arrivé là, forcément, personne ne peut vouloir que les choses se passent ainsi, mais ça m’a permis de comprendre tellement de trucs. Oui je suis et je resterai un meurtrier mais je suis aussi devenu une meilleure personne.

Je regrette d’en être arrivé à un point où, à cause de toi, j’ai renié mon existence, ma dignité, simplement pour te satisfaire. Personne ne devrait se laisser infliger ça, même si c’est long à comprendre j’ai fini par y arriver, accepter que mon geste m’ait sauvé la vie. Jusque-là je ne m’étais jamais rendu compte que je tenais à la vie, et si tu m’avais tué, tu aurais trouvé une nouvelle victime, ça n’aurait jamais fini. Je suis soulagé que plus personne n’ait à souffrir par ta faute.

Alors oui, jamais tu ne liras ces mots c’est une évidence. Mais j’ai besoin de les écrire, pour clôturer enfin cette histoire. Nous mettre un point final.

Ma nouvelle vie commence la semaine prochaine, j’ai obtenu une remise de peine pour les mois qu’ils me restaient à faire. Hugo et Maryline viendront me chercher, je vais vivre un peu chez elle en attendant de me sentir prêt à vivre seul. Entre la fac et l’association je n’aurai pas le temps de m’ennuyer, je pense aussi que j’irai aider Hugo, je le trouve de plus en plus fatigué, il devrait prendre sa retraite mais il refuse pour le moment, le kiosque est une partie trop importante de sa vie pour qu’il arrête. Je vais aussi avoir rendez-vous avec l’éditrice qui m’a commandé le livre, elle est persuadée que ce sera un succès, mais je ne veux pas toucher le moindre centime dessus. Tout ira à l’association, je ne veux plus rien te devoir.

Quand les enquêteurs ont découvert que tu avais été condamné pour des faits de violences similaires j’avoue avoir été un peu jaloux. Je m’étais imaginé que c’était une sorte de traitement que tu m’avais réservé parce que tu me trouvais spécial. Mais rapidement ça m’a fait prendre conscience que ce que tu avais fait était grave et que je n’en étais pas la cause.

J’ai passé beaucoup de temps à essayer de comprendre ce qui poussait les gens comme toi à agir de la sorte, j’ai lu pas mal d’ouvrages sur le sujet mais il n’y a pas de réponse toute prête. Dans notre cas c’est juste l’histoire d’une mauvaise rencontre, nous étions au mauvais endroit au mauvais moment. J’assume tout ce qui s’est passé, je ne renie rien, mon travail maintenant c’est d’agir pour que cela ne se produise plus.

D’ici quelque temps je ferai retirer le tatouage, au laser, je ne veux plus de preuve physique de ce chapitre de ma vie, les cicatrices suffisent à elles-mêmes. C’est ce jour-là que j’aurais dû comprendre que ce serait toi ou moi, jamais tu n’aurais accepté que je m’enfuie, mais j’étais trop aveuglé pour m’en rendre compte. J’ai repassé tellement de fois le film dans ma tête, toutes ces fois où j’aurais dû le comprendre. Toutes ces fois où tu agissais comme si je n’étais qu’un corps sans vie à l’intérieur. Ton piège n’était pas parfait mais je m’y suis laissé prendre.

Je vais continuer le travail avec le psychologue, il reste beaucoup de faits que j’aimerais expliquer et accepter. C’est un chantier ambitieux mais je suis confiant, j’espère avoir une vie normale un jour. Même si c’est quelque chose que je ne suis pas sûr de totalement maîtriser et que j’ai beaucoup trop idéalisé avec toi, je crois que j’aimerai bien tomber amoureux. J’imagine que ce sera difficile pour moi de faire confiance et de me sentir en sécurité, de trouver quelqu’un qui voudra aimer un tueur aussi. Je ne suis pas encore sûr de le mériter mais j’apprends petit à petit que tout n’est pas une histoire de mérite. Je verrais bien ce que l’avenir me réserve.

Je vais arrêter de t’écrire maintenant, je n’ai plus envie de t’accorder mon attention. J’utiliserai peut-être ces derniers mots comme épilogue à la fin de mon roman, ça conclura bien. C’était un exercice libérateur même si très dur par moments ; j’avais parfois envie d’abandonner, je me disais que tu n’aurais trouvé aucune qualité à ce que j’avais à dire, ces quelques médisances hypothétiques me donnaient la force d’écrire chaque fois un peu plus.

Sache juste que je t’ai aimé.

Et que je suis désolé.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s