J’ai testé pour vous le harcèlement de rue [suite]

Le précédant texte à été écrit en mars 2018, six mois après je tente une sorte de bilan / conclusion / recherche de solution… Je ne sais pas trop comme définir ce texte mais c’était important pour moi de revenir sur certains points et d’en apporter de nouveaux.

Premier stage terrain, ambiance : 
Formateur « Bon là vous avez de gros leviers, c’est clairement pas un poste pour les gonzesses ! »
Collègue femme « C’est gentil ils pensent à nous c’est vrai que ça à l’air dur, je crois que j’y arriverai pas»
Bah moi je crois surtout que si nos supérieurs ne nous estiment pas capable de faire notre travail correctement par manque de force physique il ne fallait pas nous embaucher ! (mais oui certains leviers sont durs à manœuvrer, même mes collègues hommes galèrent à les bouger !)

Je travaille dans un milieu quasi 100% masculin, sur les trente personnes qui composent l’équipe nous sommes seulement trois femmes et si ce genre de réflexion ne constitue pas la norme ce n’est pas la seule à laquelle j’ai eu droit depuis mon arrivée.
Mon poste de travail se situe au fond du Marché d’Interêt National de Rungis pour m’y rendre je dois marcher pendant 15 minutes, au milieu des entrepôts, des poids lourds, des manutentionnaires, des camionneurs, des chefs d’entreprise…

 

Comme partout certains comportements néfastes sont à déplorer (sifflements, réflexions, propositions de me ramener chez moi, qui sont peut-être innocentes mais je n’ai pas envie d’essayer), alors c’est toujours la même routine, dès que je sors du tram, je coupe (ou baisse) ma musique mais je garde mes écouteurs, pour comprendre ce qui pourrait se dire derrière mon dos, pour être plus réactive en cas de besoin. Je prends soin de ne jamais croiser un regard, considéré comme une véritable invitation par certains alors je ne prends plus ce risque de devoir me défendre d’avoir seulement CROISER UN REGARD, je regarde juste où je mets les pieds pour ne pas trébucher.

J’ai envie de me dire que je psychote pour rien, que j’en fais trop mais j’ai l’impression que dès que je baisse un peu la garde on se charge immédiatement de me le faire regretter. Petite pensée pour le mec à qui j’ai  renseigné son chemin car il disait être perdu… et qui une fois descendu du tram, un arrêt avant ce que je lui avais conseillé et bien que partant dans la bonne direction, a fait demi-tour  pour suivre le même chemin que moi. Une coïncidence peut-être ? Peut-être, toujours est il qu’un faux appel téléphonique et des coups d’œil réguliers pour voir s’il était toujours derrière moi ont suffit à le faire changer de direction. C’est un peu gros pour un hasard.

J’ai du mal à communiquer avec des étrangers, même commander un verre dans un bar me demande un effort, ce n’est donc pas ce genre de situations qui améliorent la situation, au contraire, je continue d’avoir peur. Et être constamment sur ses gardes ce n’est pas agréable, j’aimerai pouvoir prendre le métro ou juste me promener dans la rue sans devoir être autant vigilante, parce qu’on serait dans un monde parfait ou chacun respecterait et ferait attention à sa propre personne mais aussi l’autre. Je n’ai pas envie de devoir être protéger constamment par un proche dans l’espace public parce que           « bah t’es toute seule aussi, si t’avais été avec un mec j’aurais respecté je serais pas venu ». Je n’ai pas les moyens d’avoir un garde du corps donc tant pis pour ma gueule si je me fais agresser, je n’avais qu’à pas sortir. Aucune antilope ne s’est plainte d’avoir vu sa copine se faire bouffer par un lion, c’est la nature ; certains voudraient que la rue soit pareille.

Certains individus tentent également de me rassurer, à leur manière. Par exemple :   « Waow, t’es tellement cheum que même pas je pourrais te violer ». Merci jeune homme je me sens beaucoup plus en sécurité maintenant merci de ton intervention ⸮

« EUH ! NOT ALL MEN QUAND MÊME !? Ah làlà ces féministes, toutes les mêmes »

Oui merci je sais, ‘not all men’ et si VOUS vous n’agissez pas ainsi très bien ! Mais n’en profitez pas pour réclamer une médaille, vous vous comportez seulement comme quelqu’un de ‘normal’ qui aurait comprit les bases du respect et de la vie en société. C’est une bonne chose c’est vraie mais tout le monde devant agir ainsi il n’y a pas de raison de vous ériger en modèle, personne ne vous donne de médaille quand vous mettez vos déchets dans la poubelle plutôt que par terre.
Si vous n’avez rien à vous reprochez ne vous sentez pas visés ! Men are trash est une généralisation et comme toutes les généralisations c’est de la merde ! (Tu l’as ?) 

Peut-être que ce message est apparu comme un ras le bol général, car il n’est pas normal en 2018 qu’une partie de la population soit considérée comme inférieure.
C’est en ça que je me sens féministe, je suis pour l’égalité homme/femme (y compris dans la bêtise et l’incompétence) même s’il m’arrive également d’avoir des comportement ou des idées sexistes. Je pense, de par mon expérience un peu chaotique dans la vente, que les femmes font de moins bons managers que les hommes, et au contraire je ne vais, dans la mesure du possible, pas consulter de médecins hommes quelque soit la spécialité, parce que je suis moins à l’aise et que, toujours d’après mon expérience, j’ai constaté d’avantage de condescendance de la part de médecins hommes. « Moi si j’étais votre père, vous n’auriez pas autant de tatouage ! » Mais je ne considère pas que 100% des cas sont identiques à ceux auquel j’ai eu affaire, et si je dois consulter un médecin en urgence je ne fais pas rechigner si c’est un homme.

Mais s’il semble monstrueux d’être misogyne, la misandrie est elle mise en avant par de nombreux.ses Social Justice Waste. En quoi ce serai une bonne chose d’ostraciser une partie de la population car elle a ‘plus de privilèges’ que l’autre. Je ne suis pas certaine qu’Agnès Saal soit une victime de l’oppression systémique perpétrée, entre autre, par Michel le sdf qui vit en bas de chez moi.
« Je suis misandre et fière de l’être mais avec mon copain c’est différent, je l’ai bien dressé ! » Euh… je crois que tu as confondu avec ton chien, tu peux dresser ton copain mais c’est un autre contexte et votre vie privée ne regarde que vous. 

Et donc on fait quoi ?
On se pose, on souffle un peu, on essaie de réfléchir et d’être optimiste. Les choses sont peu à peu en train de changer (je crois). Ce ne sera évidemment pas simple, nous                 « gaulois réfractaires au changement » sommes bien conscients que faire changer quelqu’un de mentalité est presque aussi dur que d’admettre que notre propre raisonnement peut être erroné :D. Mais rien ne nous empêche de dialoguer avec autrui pour tenter de comprendre son point de vue et ce qu’il l’a mené à penser de la sorte.
Faire évoluer les mentalités sera long et fastueux (comme les brebis) et il y aura toujours des inégalités, quelque soit le sujet, mais avec un peu d’optimisme et de bonne volonté ça ira déjà mieux !

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