Journal d’une absence partie 3

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DON’T KNOW WHAT I DO IF I LOST YOU       (DON’T GO_HANNAH GEORGAS)

Jeudi 27 octobre 2016, soixante-et-onzième jour sans toi

Elin doit rentrer en Suède quelques jours, elle a un souci de famille. Ça a un rapport avec ce qui l’a amené ici, si triste. Mais je n’ai toujours pas pu lui poser la question. Pas que mon jugement sur elle changera quand elle m’aura expliqué ce qui se passe. Si elle veut bien d’ailleurs. Mais je ne sais pas comment je réagirais et ça m’angoisse. C’est très égoïste et faux comme manière de penser mais c’est elle qui doit me remonter le moral, pas le contraire.

Elle va s’absenter six jours. Je ne sais pas comment je vais le supporter. Je n’aime pas être seule et tu le sais ! Vous le savez toutes les deux ! Pourquoi les gens font toujours le contraire de ce qu’on attend d’eux ? Parce que rien ne dit qu’elle rentrera après ces six jours. Son pays lui manque je le sais mais je n’ai pas envie qu’elle y reste. Il y fait trop froid, elle va avoir besoin de moi pour se réchauffer, et je déteste la neige.

Si elle ne revient pas je serais obligé de la détester et de la même manière que je ne peux aimer qu’une seule personne à la fois je suis incapable d’en détester plusieurs.

Et je n’ai pas envie de ne plus te détester.

 

I DON’T KNOW MYSELF WITHOUT YOU, SHOULD I TRY AND STOP YOU?                                      (WITHOUT YOU_GREAT GOOD FINE OK)

Dimanche 30 octobre 2016, soixante-quatorzième jour sans toi

Elin est partie ce matin, je l’ai accompagnée à l’aéroport parce que j’aime bien voir les gens se séparer et se retrouver. J’aime leur inventer des vies, trouvez les raisons de leur voyages. Les raisons qui les ont poussés à revenir. Tu te souviens qu’on faisait ça posée à la terrasse d’un café ou sur les quais de la gare ? A Paris c’est plus compliqué à faire. On dirait que les gens ne sont pas content de se retrouver il règne une indifférence dans les gares qui me met un peu mal à l’aise. Je ne conçois pas comment on peut rester plusieurs jours sans se voir et faire comme si de rien n’était une fois venu le moment de se retrouver.

Elin m’a jurer qu’elle reviendrait et qu’on essaierait de se parler tous les jours mais elle va à la campagne et la connexion internet n’y est pas très fiable. J’espère qu’on pourra se parler mardi… c’est le premier jour du pire mois de l’année et je n’ai pas envie de passer ce moment seule.

 

ME LAISSE PAS DEVENIR LE MOIS DE NOVEMBRE       (FAUVE_2xGM)

Mardi 1er novembre 2016, soixante-seizième jour sans toi

 

2xGM

Elin m’a envoyé cette chanson ce matin. Dans son message elle disait qu’elle aurait préféré être à Paris dans mes bras. J’ai écouté la chanson toute la journée, mes yeux sont tous gonflés d’avoir pleuré, je crois que je suis entièrement desséchée.

Elin rentre dans trois jours, ton mariage est dans cinq… te marier au mois de novembre ? Vraiment… cette histoire me fascine autant qu’elle me révolte et m’attriste. Il ne manquerait plus que tu tombes enceinte et que tu accouches pour Noël prochain. Tu es devenu un terrible cliché.

Mais comme aurait dit Amélie Nothomb, les clichés c’est joli…

 

LOOK FOR THE GIRL WITH THE BROKEN SMILE          (SHE WILL BE LOVED_MAROON 5)

 Samedi 5 novembre 2016, quatre-vingtième jour sans toi

Elin est rentrée hier soir. J’ai été la chercher à l’aéroport. J’étais stressée de ne pas la voir arriver mais elle est sortie parmi les premiers passagers et m’a tout de suite sauté dans les bras et m’a embrassé. Ça faisait longtemps que personne ne m’avait pas embrassé de cette manière. Encore moins en public. De ce que j’ai pu constater depuis que je suis ici, l’homosexualité n’est pas toujours bien vue ; il n’y a qu’à voir les débats politiques ; ils sont d’une bassesse. Mais bref tu sais l’intérêt que je porte à la politique. Je l’ai serré si fort contre moi que j’ai cru que j’allais la casser en deux. Elle avait l’air apaisé mais très fatiguée.

Dans le taxi qui nous ramenait elle a posé sa tête contre mon cou et j’ai rapidement senti des larmes y atterrir. Je lui ai caressé les cheveux et lui ai demandé si ça allait ou si elle voulait en parler. Elle a secoué négativement la tête et m’a serré fort la main. Elle a pleuré tout le trajet et je ne savais pas quoi lui dire. Elle s’est assise dans le canapé les yeux dans le vague. Je lui ai apporté un thé et l’ai serré contre moi. Elle m’a doucement repoussée et à sortie une photo de sa poche. Une photo d’elle-même, enfin comme une version encore plus brisée d’elle-même.

Elle m’a expliqué qu’en réalité c’était sa sœur jumelle Lenka, et qu’elle venait de mourir. Le voyage en Suède, c’était pour l’enterrement. Sa sœur avait toujours souffert de troubles psychiatriques mais leurs parents n’avaient pas voulu la faire placer. Ils s’en occupaient à plein temps et ses délires psychotiques semblaient s’être calmés. Jusqu’au mois d’août, le 13… Prise de panique pendant la nuit elle a pris un couteau et a sauvagement assassiné ses parents. Si Elin avait été chez elle ce soir-là elle n’y aurait certainement pas échappé. Les médecins eux même n’ont pas su expliquer le geste… Et elle s’est suicidé il y a dix jours alors qu’elle été internée. La direction de l’hôpital a reconnu une faille de sécurité dans leur ronde de nuit.

Leurs parents avaient toujours rêvé de visiter Paris, c’est pour ça qu’elle est venue s’y installer après leur enterrement.

Je croyais que ça n’existait que dans les journaux sordides ce genre d’histoires.

 

N’OUBLIE PAS TON SOURIRE POUR CE SOIR SI TU SORS             (LOST_NOIR DESIR)

Mardi 8 novembre 2016, quatre-vingt troisième jour sans toi

Ce soir c’était le vernissage de l’exposition d’Elin dans une galerie du 13e arrondissement. Pour l’occasion on a été faire du shopping et j’ai acheté une robe ! Cela fait tellement longtemps que je n’en ai pas porté, surtout depuis que j’ai perdu dix kilos suite à ton départ. C’est Elin qui l’a choisie, turquoise, fluide, elle dit que ça met mes yeux en valeur. Elle m’a aussi payé le coiffeur moi qui n’y avait pas été depuis cinq ans ça m’a fait bizarre. Mes cheveux sont maintenant jusqu’aux épaules, légèrement effilé avec un petit mouvement sur le côté. Je me suis un peu maquillé aussi, je ne voulais pas lui faire honte. Surtout que je ne pensais pas qu’elle me présenterait comme sa compagne officielle auprès des journalistes et du directeur de la galerie. Ça m’a mis très mal à l’aise mais j’ai fait comme si de rien n’était.

Le thème de l’exposition est le souvenir… Ça t’aurais plus je pense tu aurais pu l’exposer dans ta galerie. J’ai vu des gens que tu m’avais présentés lors de cocktail et de vernissages. Ils ne sont pas venus me voir je crois qu’ils ne savent pas qui je suis… En même temps à part leur personne et leur carnet de chèque rien ne les intéresse.

Et je crois que tu es un peu devenue comme ça maintenant.

 

PARIS J’AI LA FRINGALE DE TOI PREND MOI DANS TES BRAS     (BARBES CLICHY_    MANO SOLO)

Dimanche 13 novembre 2016, quatre-vingt huitième jour sans toi

Ce mois est vraiment interminable. On devrait le supprimer du calendrier, décembre est bien plus chaleureux. Même si je ne sais pas comment je vais m’en sortir sans toi cette année. Tu gérais tout d’habitude, les cadeaux, les repas, les invitations… Je ne sais pas ce qu’Elin à prévu pour cette période mais je ne suis pas sûre d’avoir envie de la passer avec elle. C’est un moment qui reste très ancré à ton souvenir… ton souvenir dont je n’arrive pas à me débarrasser, je pensais en avoir fini avec toi quand j’ai rencontré Elin mais non. Tu reviens encore et encore me hanter. A chaque fois que je me promène et que je croise une galerie, je pense à toi et je m’attends à te croiser à chaque coin de rue du marais. Paris n’a pas ton absence, mais elle a le manque de toi. Tu lui ferais énormément de bien si tu y laissais une empreinte.

Mais j’aimerai me défaire de celle que tu as laissée en moi et qui me ronge.

 

VICIOUS ONE HOW EVER DID YOU FIND ME?        (CHVRCHES_NOW IS NOT THE TIME)

Samedi 19 novembre 2016, quatre-vingt quatorzième jour sans toi

Camille et Luke sont venus passer quelques jours. C’est une surprise organisée par Elin. Elle s’est dit que ça me ferait plaisir. En réalité je n’en suis pas si sûre. Evidemment j’étais contente de les voir, ils m’ont beaucoup manqués. Mais j’ai l’impression qu’ils étaient un peu gênés… comme s’ils se retenaient de me parler de toi, de mon état… Je ne sais pas, c’est la sensation que j’ai eu. Et je me sentais mal vis-à-vis de Luke, d’avoir couché avec Camille. Alors je lui ai dit, il m’a serré contre lui et m’a embrassé les cheveux. Il a essuyé mes larmes et m’a dit que je n’avais pas à m’inquiéter, il le savait. Camille, même s’il ne lui avait rien dit le laissait transparaître. Ce sont tellement des anges tous les deux. Je ne sais pas comment ils ont fait pour rester amis avec toi si longtemps, tu les as tellement mal traités tout ce temps à les considérer comme tes domestiques. Et ils n’ont jamais rien dit, ne se sont jamais plaint…

Tout le monde est fasciné par ton charisme et tu l’as toujours su. Et tu t’en es toujours servi…

 

YOU’LL BE THERE IN MY HOUR OF NEED YOU WON’T TURN ME AWAY                                  (THE PROMISE YOU MADE_COCK ROBIN)

Lundi 21 novembre 2016, quatre-vingt seizième jour sans toi

Les garçons ont ramené le Chat. Il m’avait manqué. Je n’étais pas sûr qu’Elin l’accepterai mais elle adore les animaux et l’a déjà adopté. Elle ne comprend juste pas pourquoi on ne lui a jamais donné de nom. Mais j’aime bien « le Chat » c’est sobre et efficace.

Je me suis décidée à chercher un travail. Passer les journées à me promener ou à penser à toi, assise sur le canapé ne m’aidera pas à passer le cap de ton absence. Mais je ne sais pas quoi faire. Je n’ai pas envie de rebosser dans la communication, avec toi c’était plus facile de supporter ce milieu. J’ai peur de ne pas tenir le coup si tu n’es pas là pour m’épauler. Je suis passé dans plusieurs bar leur demander s’il n’avait pas besoin d’une serveuse ou d’une barmaid et le troisième que j’ai été voir m’a proposé une période d’essai à partir de demain. Je suis un peu stressée car ça fait longtemps que je n’ai pas fait ce job mais je pense que ça me fera du bien de voir des gens et de m’occuper.

Et puis je pourrais rentrer à pied ce n’est pas très loin de l’appartement et Paris est définitivement plus belle la nuit. C’est sur le boulevard Saint-Michel donc je vais passer beaucoup de temps dans le quartier ce qui me plaît fortement. Je passe déjà beaucoup de temps près de la fontaine à  observer les gens, c’est un endroit vraiment confortable.

 

AIME MOI MOINS MAIS AIME MOI LONGTEMPS                  (J’AI CRU ENTENDRE              LES CHANSONS D’AMOUR)

Vendredi 25 novembre 2016, centième jour sans toi

2400 heures à t’attendre, à me demander ce que j’ai bien pu faire pour que tu partes de cette manière, comme une voleuse. Comme si je ne méritais pas d’explication. Que je devais juste subir ta décision sans rien avoir à dire. Je t’ai confié ma vie, je te faisais aveuglément confiance et tu as tout gâché… tu m’as brisée. Je tente de ramasser les morceaux de mon cœur que tu as sauvagement piétiné avant d’aller faire ta vie sans songer que la mienne t’étais dévouée. Au fond de moi je garde un infime espoir que tu me reviennes. Et tu sais que si c’était le cas je replongerais les yeux fermés. Oubliant ma douleur et mes doutes et te retomberais dans les bras comme au premier jour.

Je sais bien qu’au plus profond de toi tu m’as aimé, et j’espère que tu m’aimes encore. Peut-être que notre passion a été trop forte, que ça a été trop rapide pour toi. On aurait peut-être dû attendre plus longtemps avant d’habiter ensemble, tu te serais lassé de moi moins vite.

 

J’AI CRU BRUXELLES PLUS BELLE ET MA PEINE CAPITALE                                                          (QUITTE A ME QUITTER_MARVIN JOUNO)

Mardi 29 novembre 2016, cent-quatrième jour sans toi

Ma première semaine de travail s’est bien passée, tu serais fière de moi. L’ambiance est très agréable et le reste de l’équipe m’a bien accueillie. Les heures que je passe là-bas me permettent de moins penser à toi, même si beaucoup des gens que je sers me remémorent  ton souvenir. Mais ils sont moins gentils que toi. Les habitants de cette ville ont véritablement un problème avec la politesse et le respect. Si quarante pour-cent de mes clients me disent « bonjour » ou « merci » je suis satisfaite. Je ne comprends pas leur manière de fonctionner. Comme ceux qui disent être pressés. Si vraiment ils le sont, ils n’ont qu’à pas s’arrêter pour boire un café, ce n’est pas cohérent ! C’est Paris…

C’est aussi ce qui fait le charme de la ville. Paris et ses paradoxes. Les gens toujours pressés qui vont à deux à l’heure sur les trottoirs et dans les couloirs du métro. Qui ne sont pas polis mais te reprennent s’ils n’entendent pas ton « bonjour ».

J’aurais aimé entendre ton « au revoir »

 

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