Journal d’une absence partie 2

Retour à la partie 1

 

SO MAYBE TOMORROW I’LL FIND MY WAY HOME    (MAYBE TOMORROW_ STEREOPHONICS)

            Mercredi 28 septembre 2016, quarante-deuxième jour sans toi

Cette ville n’a pas le goût de ton absence, les moments qu’on y avait passé étaient déjà de mauvais souvenirs que j’avais réussi à oublier. Tes cris et tes pleurs près du jardin du Luxembourg. Et moi, penaude et malheureuse en rangeant ma bague et mes bons sentiments dans ma poche. Je savais que tu étais contre le mariage mais nous deux c’était différent, enfin je croyais. J’ai l’impression que tu ne m’as jamais pardonnée d’avoir voulu croire en nous.

Avec le recul je vois bien que pour toi c’était un mensonge. Et ma demande en mariage te confrontait à une réalité que tu ne voulais pas voir. Tu ne m’as jamais pardonné. Tu jouais bien la comédie… Si tu avais pu choisir cette carrière tu aurais fait des ravages…

Au lieu de ça tu t’es contenté de ravagé ma vie.

I WANNA BE MORE THAN YOU’RE THINKING OF     (I WANNA BE FREE_PANIC AT THE DISCO)

            Samedi 1er octobre, quarante-cinquième jour sans toi

C’est ton anniversaire aujourd’hui. Tu aurais pu partir au Canada si tu étais restée. Tant pis… je finirai par y aller quand même, avec ou sans toi. Je sais que tout le monde va t’appeler, mais qu’à aucun moment tu ne prendras de mes nouvelles. Comment peux-tu considérer que je ne fais plus partie de ta vie. Comment as-tu pu m’oublier et NOUS oublier si rapidement ?

Tu as toujours eu une mauvaise mémoire pour les choses importantes et je trouvais que ça avait un certain charme mais là je crois que je ne te comprendrais jamais.

Comme je me suis résignée à le fêter seule, j’ai été dans une boulangerie et j’ai acheté une tarte au citron. Ça faisait longtemps que je n’en avais pas mangé, je sais à quel point tu détestais ça…

Mais maintenant que ce que je suis n’a plus d’importance… Ce que je fais non plus.

BECAUSE WHEN I LOOK IN HER EYES I UST SEE THE SKY      (SHE HAD THE WORLD_ PANIC AT THE DISCO)

            Lundi 3 Octobre 2016, quarante-septième jour sans toi

Je me suis assise en terrasse aujourd’hui. Je ne l’avais pas fait depuis que tu es partie. Une jeune fille m’a abordée pour me demander son chemin. Elle cherchait le centre des impôts. Je lui ai répondu que je ne savais pas. Quand j’ai relevé la tête elle a vu mes joues mouillées de larmes et s’est excusée de m’avoir dérangé. Je lui ai dit qu’elle ne me dérangeait pas et je lui ai proposé si elle avait le temps de prendre un café avec moi. Elle m’a souri et s’est assise.

Elle a les yeux aux couleurs de l’hiver, un bleu pâle presque blanc, envoûtant. Son sourire malicieux encadré par ses cheveux roux lui donne l’air d’un elfe de la forêt. Elle s’appelle Elin.

On a discuté de longues heures avant de se décider à chercher le centre des impôts. Elle a plein de papiers à remplir, elle est originaire de Suède mais les mauvais souvenirs l’ont chassé de son pays. J’ai l’impression qu’on a plein de choses en commun. Je me suis sentie en sécurité avec elle. Les choses ont l’air facile. Les silences ne sont pas gênants, je les aime bien même. Je pourrais regarder dans ses yeux alors qu’elle essaye de trouver un sujet de conversation sans jamais m’arrêter…

J’y vois comme une forme d’espoir et d’aventure comme il y avait dans les tiens au début… avant que tu ne gâches tout.

UN JOUR LE TEMPS DEFAIT LES LIENS QUI NOUS ENLACENT       (SILENCE STEREOTYPICAL WORKING CLASS)

Jeudi 6 octobre 2016, cinquantième jour sans toi

Comme j’habitais toujours à l’hôtel, Elin m’a proposé de venir chez elle en attendant que je décide si je voulais rester ici ou repartir à Brussels. Son appartement lui ressemble, tout est doux et feutré. Elle fait de la photo, il y a plein de paysages somptueux accrochés sur les murs. C’est comme si je faisais enfin le tour du monde dont j’ai toujours rêvé en allant simplement de la salle de bain à la cuisine. Le premier soir j’ai dormi dans le canapé mais je n’ai pas réussi à fermer l’œil alors je me suis glissée dans son lit, elle m’a souri et m ‘a fait une place à côté d’elle. Elle sent bon, on dirait un bouquet de fleur.

Elle sent quoi la personne qui t’a volé à moi ? L’amertume et le regret j’imagine… J’espère.

DIS-MOI POURQUOI JE NE SUIS PAS CE GARCON LA ?         (LA FILLE ET LE GARCON_OSAFARI)

            Samedi 8 octobre 2016, cinquante-deuxième jour sans toi

Camille m’a appelé, il avait une mauvaise nouvelle à m’annoncer : Tu vas te marier !?

Après tous tes discours sur le fait que tu ne voulais pas faire partie de cette institution basée sur l’hypocrisie et le mensonge. Il a suffi qu’il débarque avec son nom composé et son compte en banque à six chiffres pour que tu changes d’avis ? Tu me dégoute !

Luke et Camille n’iront pas, les autres non plus je crois, ils commencent à en avoir marre de ton comportement d’enfant gâtée. Moi qui ai toujours pris ta défense sur ce point-là, je commence à les comprendre. Je me dis que ton environnement familial de bourgeois que tu critiquais tout le temps ne te dérangeait pas tant que ça finalement.

J’ai raccroché et j’ai regardé Elin, je n’ai pas réussi à contrôler les larmes qui se sont mises à couler. Elle m’a serré contre elle et m’a demandé ce qui se passait. Je n’ai pas réussi à articuler, je me suis contenter de pleurer bien calée dans son cou. C’est devenu mon nouvel endroit préféré, le seul endroit où je me sens en sécurité. Avant c’était tes bras qui me protégeais, maintenant c’est de toi que je dois me protéger.

I’VE GIVEN ALL I CAN IT’S NOT ENOUGH           (KARMA POLICE_RADIOHEAD)

Mardi 11 octobre 2016, cinquante-cinquième jour sans toi

Maintenant je passe toutes mes nuits dans les bras d’Elin. J’y suis vraiment comme dans un cocon. C’est le seul endroit où je n’ai presque pas peur de l’extérieur. Quand je fais des cauchemars elle me cale la tête dans son cou et me caresse les cheveux en me murmurant que tout va bien se passer, que je n’ai pas à avoir peur, elle est là pour me protéger. Je crois que je n’avais jamais rencontré quelqu’un d’aussi doux et bienveillant. Je crois que ça à un rapport avec ses origines, j’ai toujours imaginé les suédois comme des nounours grands, chauds et tout doux contre qui ont viendrait se blottir quand ça ne va pas. Et il faut croire que j’avais raison.

Mais elle souffre aussi ça se voit. Une souffrance muette qui lui transperce le corps à chaque instant. Je l’ai vu pleurer l’autre jour mais je n’ai pas eu envie de lui demander ce qui se passait. Egoïstement j’ai envie d’être la seule à souffrir, à dire que je ne vais pas bien, mais que je ne veux pas d’aide. Parce que si on m’aide et que je vais mieux je ne serais plus la même et les gens changeront de regard sur moi.

C’est parce que je suis tout le temps triste que tu es partie ?

JE ME SOUVIENS BIEN QUE TU N’AIMAIS QUE MOI         (ELLE M’OUBLIERA_ ALINE) 

                Jeudi 13 octobre 2016, cinquante-septième jour sans toi

Elin m’a demandé si j’avais toujours été attirée par les filles. Parce qu’elle n’y avait jamais pensé, elle ne s’était jamais posé la question de savoir si elle pouvait être attirée par autre chose que par les garçons. Je lui ai répondu que c’était plus compliqué que ça. J’ai toujours su que j’aimais les filles oui, mais que j’aimais les garçons aussi.

Je me souviens que tu m’avais posé un peu la même question au début. Tu avais toujours été hétéro mais plus par conviction sociale que par choix. Je n’oublierai jamais la tête de tes parents quand tu leur as annoncé que je n’étais pas qu’une simple amie. J’ai cru que ta mère allait s’évanouir. Seule ta sœur a eu l’air de bien le prendre, comme si au fond d’elle elle le savait depuis le début ; alors que vous n’aviez jamais été proche. Le silence de ton père m’a glacé le sang mais au final c’est lui qui m’a le plus accepté dans la famille.

Il me manque un peu ton père. J’adorais nos discutions sur la littérature ou la philosophie. Je l’appellerais peut être dans les prochains jours.

Mais maintenant que tu dis à tout le monde que je n’étais qu’une passade et que tu n’aimais vraiment que les garçons, tout ça n’a plus d’importance.

FORGIVE THEM EVEN IF THEY’RE NOT SORRY        (11TH DIMENSION_JULIAN CASABLANCAS)

                Dimanche 16 octobre 2016, soixantième jour sans toi

J’ai appelé ton père hier. Il s’est excusé de ton comportement. Il m’a dit qu’il n’irait pas à ton mariage. J’ai eu du mal à assimiler l’information, pour moi le nouvel amour de ta vie avait tout pour lui plaire. Grande école, riche héritier, avocat d’affaire. Mais je ne savais pas qu’il était le fils de l’amant de ta mère. Je dois reconnaître que tu as fait fort sur ce coup. Ça pourrait être ton frère. Tu n’en loupes pas une décidément.

Il m’a dit que je lui manquais et qu’à l’occasion il viendrait me voir à Paris.

J’aime vraiment beaucoup cette ville et je crois que je vais y rester un moment. Depuis l’appartement d’Elin on voit la gare Montparnasse. Je l’aime bien cette gare, elle n’est pas très belle mais j’y trouve un certain apaisement. Les gens qui vivent dans le quartier sont clairement fades, inintéressants et semble totalement déconnectés du reste de la ville.

J’aimerai bien me déconnecter de toi.

TAKE SHELTER TAKE THE PRESSURE DO WHAT YOU WANT TONIGHT IT’S ALRIGHT                 (TAKE SHELTER_YEARS AND YEARS)

Vendredi 21 octobre 2016, soixante-cinquième jour sans toi

Elin avait un rendez-vous professionnel pour une expo hier soir, elle m’a proposé de l’accompagner mais je n’en avais pas très envie. Je voulais finir mon livre et surtout ne pas voir de monde. Je connais les directeurs de galeries et ce sont les dernières personnes que j’ai envie de fréquenter. Tu es la seule que j’appréciais.

Elle est rentrée vers 1h du matin… je ne sais pas si elle avait bu ou quoi mais elle s’est couché contre moi et a commencé à m’embrasser. Je l’ai doucement repoussé mais elle m’a dit qu’elle avait envie de moi. Je l’ai regardé dans les yeux un instant. Elle semblait sincère, alors j’ai retiré son t-shirt et me suis doucement allongé sur elle. Ses lèvres sont légèrement sucrées avec un petit goût de framboise, ça devait être son gloss.

La première fois qu’on fait l’amour avec une nouvelle personne il  y a toujours un moment bizarre, de gêne, où on ne sait pas ce que l’autre va penser de nous, de notre manière d’agir… mais là non, comme si nos corps avaient toujours attendu l’autre. Même avec toi ça n’a pas été aussi évident.

Ça a duré une bonne partie de la nuit. En se lovant dans mes bras elle m’a remercié et s’est aussitôt endormie. Je l’ai regardé dormir quelques minutes avant de fermer les yeux à mon tour.

C’est la première fois en plus de deux mois que je dors sans faire de cauchemar.

 EVERYTHING WILL BE FINE                (DETAIL IN THE DETAILS_JASON MRAZ)

                Mardi 25 octobre 2016, soixante-neuvième jour sans toi

Ça fait une semaine non-stop qu’il pleut. Et tu n’es pas là pour me dire que ça va aller. La pluie m’a toujours angoissé, c’est comme si toutes les personnes tristes se mettaient à pleurer en même temps. Et je n’ai jamais su gérer la tristesse, ni la mienne ni celle des autres. Je pleure depuis soixante-neuf jours et je ne sais pas comment arrêter ça.  Paris sous la pluie est encore plus triste que Brussels, les gens en plus d’y être pressé et fermé comme d’habitude sont tristes et agacé, les parapluies s’emmêlent sur les trottoirs mais les gens ne se croisent pas. C’est comme si la ville était un immense cimetière peuplé de fantômes dépressifs et stressés. C’est la première fois que je vois des gens se battre pour un taxi ! Je crois que je commence à n’aimer cette ville que lorsqu’il n’y a personne dans les rues. Alors je sors essentiellement la nuit. Je pars me promener et découvrir toutes ces rues que tu aurais tant aimées. Tu as pensé à venir à Paris pour ton voyage de noces ? Je vous imagine tous les deux feignant un bonheur que j’espère vous n’atteindrez jamais, vous promenant tels des touristes dans les coins que tu détestais habituellement mais que tu feras semblant d’apprécier pour lui faire plaisir. J’imagine qu’il ne te laissera pas marcher sur les quais de Seine en pleine nuit, ce n’est pas assez prestigieux pour la femme mariée et respectable que tu seras devenue.

Et je l’espère, je n’ai pas envie de te croiser…

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