Give me the food

« Donc en fait si tu es grosse c’est juste parce que tu manges !? »

Cette charmante phrase m’a été dite par mon ancienne responsable à qui je venais d’expliquer que mon soucis de genoux qui me faisait parfois violemment boiter, dont d’ailleurs elle aimait rigoler en m’imitant dans les couloirs quand je n’étais pas là, était à l’origine de mon arrêt du sport, dont je n’étais pas une grande adepte pour autant je dois bien l’avouer. Mais que même avant ce handicap j’étais déjà grosse et que ça avait toujours été le cas.

Et oui je mange ! Essentiellement pour ne pas mourir, l’alimentation étant l’un des besoins fondamentaux des êtres humains. Donc je suis grosse ET je mange, mais je bois aussi, et je respire ! En fait j’ai bien plus de défaut que je ne me l’étais imaginé !

Dire que j’aime manger, n’est ni tout à fait vrai, ni tout à fait faux. Il y a des fois où si ça n’était pas vital je m’en passerai volontiers et des fois où j’ai envie de manger, envie d’un plat en particulier parce que cela ne sert à rien de le nier je suis gourmande. Et toutes ces fois où je culpabilise parce que justement je mange ce dont j’ai envie et que mon jean taille 50 me rappelle que ce n’est peut-être pas une brillante idée si je tiens à son intégrité.

Si ce n’était que mon jean qui me faisait ce genre de remarque ça ira, un coup de ciseau et ça devient un short, il fera moins le malin la prochaine fois ! Mais, le tissus ne parlant pas, ce sont les gens qui me font ce genre de remarques ; la boulangère qui me demande si « ‘je suis’ sûre de mon choix parce que ‘je n’ai’ pas l’air d’en avoir besoin, le petit sourire en coin du serveur quand « oui je veux bien la carte des desserts s’il vous plait », le regard des gens que j’ose m’exposer en train de manger dans un lieu public, comme une terrasse un restaurant ou dans la rue quand je n’ai pas le temps d’aller vite me cacher pour ne pas gâcher le paysage de ces braves gens.

Manger en extérieur est souvent inconfortable, c’est pour cette raison que j’ai mis longtemps avant d’accepter les invitations à manger de mes amis. Je préférais dire qu’un repas m’avait été préparé et m’attendait chez moi, ou encore que je n’avais pas le temps, pas les moyens. L’arrivée à la fac puis dans le monde du travail à bien précipité les choses même s’il m’était encore facile de trouver une excuse pour ne pas rester dans la salle de pause.

Je n’ai pratiquement plus aucun mal à profiter d’un moment au restaurant avec des proches, parce que je les connais bien, je sais qu’ils ne diront rien, ou presque. Là où c’est plus compliqué, c’est quand je rencontre quelqu’un pour la première fois et qu’il va être question tôt ou tard, de manger quelque chose. Mais j’ai plusieurs techniques :

  • Dire que je n’ai pas très faim, même si c’est faux, ou du moins ne jamais dire quand c’est le cas.
  • Même si je sais au premier coup d’œil ce que je veux commander, je fais semblant d’hésiter. Savoir immédiatement ce que je veux manger c’est que j’y ai pensé avant, et penser à la nourriture c’est mal.
  • NE JAMAIS FINIR SON ASSIETTE AVANT L’AUTRE ! Déjà parce que manger trop rapidement ce n’est pas une bonne idée d’un point de vue organique. Et puis je ne veux pas passer pour une gloutonne. J’ai déjà mis plus de vingt minutes à manger un croissant. Et puis, si je peux ne pas finir mon assiette c’est un plus.

J’aimerai dire que je ne sais pas d’où me viennent ces reflexes idiots et surtout j’aimerai ne plus les mettre en place et manger comme j’en ai envie… mais j’ai encore souvent trop honte, plus parce qu’on m’a inculqué que je devais ressentir ça, que parce que c’est ce que je ressens réellement. C’est un conditionnement comme un autre. Et donc quelque chose de néfaste.

Logiquement une des questions qui me met le plus mal à l’aise c’est « tu as faim ? » ou « Tu as faim comment ? ». Je ne sais jamais quoi ou comment répondre alors je tente des réponses floues « pas trop » « comme d’habitude ». Il me faut beaucoup de confiance envers la personne qui me pose la question pour donner une autre réponse ou pour accepter d’être resservie.

Parce que j’ai toujours peur du jugement, inlassablement. C’est tellement quelque chose que j’ai encré dans mon quotidien que j’ai beaucoup de mal à m’en défaire. Les « tout ça ?! » ou même les « je pensais que tu mangeais plus c’est marrant ». Non ce n’est pas marrant, ce n’est pas parce que je suis grosse que je mange des quantités astronomiques, je sais bien que c’est une réflexion maladroite qui ne se veut en rien méchante. Mais c’est vrai que c’est un cliché assez courant : gros = mange beaucoup + mange tout le temps. Mais pas pour tout le monde, je grossi de la même manière que je mange de la salade ou un gâteau au chocolat, c’est une question de métabolisme et rien ne pourra le changer ; mais oui je dois faire, et je fais, attention, pour ma santé, pour mon estime de moi, mais en aucun cas pour le regard des autres. Ils n’aiment pas les grosses ? Grand bien leur en fasse, je n’aime pas les cheveux blonds, ce n’est pas pour autant que je leur dit qu’ils nuisent à la société où qu’ils font tâche dans mon espace visuel. Chacun son corps, chacun ses goûts… mais le respect devrait être le même pour tout le monde.

Durant mon enfance et mon adolescence j’ai logiquement fais des régimes, de mon propre chef, en cachette de mes parents qui ne comprennent pas le principe, et donc voué à l’échec ; ou via les médecins. Je me rappelle notamment d’une infirmière scolaire qui m’avait prescrit un régime après l’échange suivant :

«

  • Tu grignotes quand ?
  • Quand je suis triste surtout.
  • Et tu es triste souvent ?
  • D’accord, et bien il faudra voir pour un vrai régime avec ton médecin d’accord ? »

Je crois que la réponse au problème était en partie dans la question. Plutôt que d’office me faire faire un régime, peut-être aurait il fallut me demander pourquoi j’étais triste, ou tenter de trouver une solution à ce premier problème. Mais être triste ce n’est pas un vrai problème à douze ans, je suis grosse et c’est tout ce qui doit occuper mes pensées.

Je ne suis bien sûr pas la seule personne dans ce cas-là mais je pense qu’une meilleure prise en charge et une meilleure formation du personnel médical éviterait déjà à des gens d’avoir des troubles du comportement alimentaire ou du moins minimiserai l’impact de leurs actes et paroles sur ce type de troubles.

Je n’en ai jamais souffert à proprement parlé, mais j’ai souvent flirté avec les limites : ne rien manger de la journée et quand par malheur je craque, aussitôt le regretter et aller me faire vomir ; dire à ses amis que je ne peux pas les accompagner parce qu’à manger m’attend chez moi, et une fois chez moi dire à mes parents que j’ai mangé dehors, ou maintenant que je suis seule, ne rien manger une fois rentrée. Acheter trois paquets de gâteaux et les engloutir en moins de dix minutes, parce qu’au point où j’en suis, un peu plus, un peu moins…

Mon organisme déjà peu conciliant me fait évidemment payer ces comportements stupides et parfois dangereux. Je prends vite du poids et j’ai beaucoup de mal à en perdre. Je n’ai jamais voulu me peser ou avoir une balance chez moi parce que je sais que cela deviendrait une obsession en moins de temps qu’il me faut pour manger un sandwich.

Toujours être à la limite est un équilibre difficile à tenir, mais je le prends comme un défi personnel, je sais ce que j’ai à perdre si jamais je ne parviens plus à me maîtriser. Certains de mes amis sont au courant et sont là pour me remettre dans le droit chemin si jamais je venais à en dévier.

Donc oui, je suis grosse, non je ne l’ai pas choisi. Mais oui je mange, parce que j’ai envie de vivre, du moins ce n’est pas comme ça que je veux mourir. Oui je m’assume plus ou moins, parce que soyons lucide je ne ferais jamais une taille 34. Tant que cela ne met pas ma santé plus en danger qu’autre chose je n’ai pas envie d’en faire un problème.

Et je n’ai pas envie que vous en fassiez en problème !

Et pour comprendre le titre et qu’enfin j’assume mes goûts douteux en matière de musique  

Give me the Food _ Miss Platnum 

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